La cigarette électronique est-elle sans danger?

Une étude vise à clore le débat sur l’utilisation de la cigarette électronique pour cesser de fumer

9 aout 2016

Environ 44 % des Canadiens sont des fumeurs ou ex-fumeurs, et chaque jour, 100 Canadiens succombent à une affection liée au tabagisme, comme les maladies pulmonaires, les complications touchant le cœur et les vaisseaux sanguins et divers cancers. Source : Santé Canada

Il n'est jamais trop tard pour profiter des bienfaits que procure l'abandon du tabac. Il existe de nombreuses méthodes, dont la cigarette électronique, pour aider les fumeurs à s'affranchir de leur dépendance. En effet, selon les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, près de la moitié des personnes qui veulent arrêter de fumer ont essayé la cigarette électronique parce qu'elles croient que sa ressemblance à la cigarette traditionnelle facilite l'abandon du tabac. Mais est-elle vraiment sans danger?

Le Dr Mark Eisenberg, professeur de médecine à l'Université McGill et cardiologue à l'Hôpital général juif de Montréal, a reçu une subvention des IRSC pour répondre à cette question. Il a constaté une grave lacune sur le plan de la recherche : les allégations relatives à l'utilisation de la cigarette électronique pour cesser de fumer ne sont pas étayées par des preuves scientifiques.

Nous en savons très peu sur les risques que pose l'utilisation de ces dispositifs pour la santé, à tel point que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a affirmé dans un communiqué de presse qu'elle n'entend pas entériner l'utilisation de la cigarette électronique pour cesser de fumer avant que des données rigoureuses ne fassent la preuve de l'innocuité et de l'efficacité de cette méthode.

« Pour l'instant, tout ce dont nous sommes certains est que la cigarette électronique est moins nocive que la cigarette traditionnelle », affirme Mme Shauna McGee, assistante de recherche au laboratoire du Dr Eisenberg.

Il faut davantage de données

Devant le besoin de données probantes, l'équipe du Dr Eisenberg a commencé à recruter des participants pour mener la toute première étude canadienne qui se penchera sur l'innocuité et l'efficacité de l'utilisation de la cigarette électronique comme méthode d'abandon du tabac. Cette étude comprendra près de 500 participants et sera menée dans 13 établissements de recherche, hôpitaux et cliniques d'abandon du tabac d'un océan à l'autre.

L'étude revêt un caractère unique, du fait qu'elle portera sur la population générale des fumeurs plutôt qu'uniquement sur les fumeurs présentant des problèmes de santé particuliers.

« La plupart des études existantes sur la cigarette électronique ne sont ni exhaustives ni généralisables. Notre but est d'obtenir des réponses concluantes applicables à tous les fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer », explique Mme Caroline Franck, assistante de recherche au sein de l'équipe du Dr Eisenberg.

Les participants seront répartis au hasard en trois groupes (cigarette électronique contenant de la nicotine jumelée à du counseling, cigarette électronique sans nicotine jumelée à du counseling, ou counseling seulement) et prendront part à une période de traitement de 12 semaines, puis à une série de rencontres de suivi en personne et par téléphone visant à évaluer les résultats à long terme.

Les chercheurs de l'équipe prédisent qu'après l'étude, environ la moitié des participants se procureront leur propre cigarette électronique pour maximiser leurs chances de réussite, et ceux qui le font pourraient présenter un taux de succès plus élevé que ceux qui ont recours à d'autres moyens, comme les timbres et les gommes à mâcher à la nicotine.

On prévoit que l'étude prendra fin d'ici cinq ans. « Cette étude devrait nous permettre de déterminer si la cigarette électronique constitue une méthode efficace pour cesser de fumer, affirme Mme Franck. La prochaine étape consistera à comparer la cigarette électronique à d'autres thérapies de remplacement de la nicotine, comme le timbre à la nicotine, ainsi qu'à établir avec exactitude le degré d'efficacité de cette méthode dans différentes populations de patients. »

Mme Shauna McGee
Assistante de recherche, Hôpital général juif
Photo utilisée avec la permission de Shauna McGee.

Mme Caroline Franck
Assistante de recherche, Hôpital général juif
Photo utilisée avec la permission de Caroline Franck.

Dr Mark J. Eisenberg
Professeur de médecine, Université McGill
Directeur, Programme de recherche sur les services de santé cardiovasculaire, Hôpital général juif
Photo utilisée avec la permission de l'Hôpital général juif.

Regard vers l'avenir

Les résultats de cette recherche pourraient avoir des répercussions importantes. En effet, si l'étude confirme que la cigarette électronique est sans danger et efficace pour cesser de fumer, celle-ci pourra être normalisée et recommandée par les médecins aux patients qui tentent de cesser de fumer. Une fois leur composition chimique normalisée, les cigarettes électroniques seront plus sures, plus fiables et plus faciles à étudier.

Mais pour l'instant, il faut retenir que l'utilisation de la cigarette électronique comme moyen pour cesser de fumer, particulièrement à long terme, n'est pas étayée par des preuves. Moins nocive que la cigarette traditionnelle, la cigarette électronique n'est tout de même pas sans danger.

Ce domaine de recherche demeure largement inexploré, et de nombreuses années de nouvelles découvertes attendent l'équipe du Dr Eisenberg.

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