S'attaquer au diabète de type 1

Une découverte récente pourrait modifier le cours de la prévention et du traitement du diabète de type 1

25 aout 2016

À l'heure actuelle, 11 millions de Canadiens sont diabétiques ou prédiabétiques, et toutes les trois minutes, un autre Canadien reçoit ce diagnostic. Plus de 300 000 Canadiens vivent avec le diabète de type 1, où l'insuline produite par l'organisme est réduite ou nulle, ce qui rend la régulation de la glycémie difficile. Source : Association canadienne du diabète.

Le diabète est une maladie chronique, souvent débilitante et parfois mortelle, qui fait en sorte que l'organisme ne réussit pas à produire de l'insuline, hormone régulant le taux de glucose (sucre) dans le sang. Le diabète de type 1 (DT1) est diagnostiqué lorsque l'organisme produit peu d'insuline, ou n'en produit pas du tout. Vivre avec cette maladie exige une surveillance constante de la glycémie, des changements au régime alimentaire, et des injections d'insuline à vie. Même en suivant religieusement les ordres de leur médecin, les personnes atteintes de DT1 risquent de souffrir de graves complications : maladies cardiovasculaires, lésions des yeux, des reins et des nerfs, voire des amputations.

« Notre système immunitaire est censé protéger notre organisme contre les menaces, mais chez les personnes atteintes de DT1, il attaque par erreur et détruit les cellules productrices d'insuline dans le pancréas. C'est pourquoi on appelle le diabète “maladie auto-immune” », explique le Dr Fraser Scott, scientifique principal financé par les IRSC à l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa et professeur à l'Université d'Ottawa.

Le pancréas est un organe situé derrière l'estomac, qui libère des hormones, dont l'insuline, dans la circulation sanguine. Des cellules spécialisées, appelées cellules bêta, libèrent de l'insuline afin de garder la glycémie dans la normale. Ce processus n'intervient pas chez les personnes atteintes de DT1, et elles doivent alors s'injecter de l'insuline plusieurs fois par jour à l'aide d'un stylo injecteur, d'une seringue, ou d'une pompe à insuline.

Malgré tous leurs efforts, les personnes atteintes de DT1 souffrent parfois de complications, car leur glycémie ne peut jamais être parfaitement régulée. « Le pancréas est un organe qui contrôle la glycémie de façon très précise et qui, en santé, libère juste assez d'insuline pour garder le taux de sucre dans la normale », explique le Dr Scott. « Chez une personne atteinte de DT1, le contrôle de la glycémie jusqu'à six fois par jour n'est pas tout à fait la même chose. »

Heureusement, il y a de l'espoir à l'horizon pour les personnes atteintes de DT1 grâce à une découverte révolutionnaire réalisée au laboratoire du Dr Scott.

Dr Fraser Scott
Scientifique principal, Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa
Professeur, Université d'Ottawa
Photo offerte par l'Hôpital d'Ottawa.

De nouvelles possibilités

Bien que la cause exacte de la maladie demeure inconnue, une interaction complexe entre des gènes, le régime alimentaire et des bactéries pourrait jouer un rôle dans le développement du DT1. Une étude antérieure du Dr Scott donne à penser qu'une protéine bactéricide appelée peptide antimicrobien cathélicidine serait peut-être en cause dans le DT1, si bien qu'il s'est mis à en examiner la fonction dans le tractus gastro-intestinal d'animaux développant le diabète. 

C'est alors que son équipe a fait une découverte étonnante : le peptide antimicrobien cathélicidine était présent non seulement dans l'intestin, mais aussi dans le pancréas. Qu'est-ce qu'un peptide qui tue les bactéries ferait dans une partie du corps exempte de bactéries? On s'est alors rendu compte que ce peptide faisait peut-être plus que tuer les bactéries. Et effectivement, on a constaté qu'il aidait le pancréas à se régénérer et à produire de l'insuline.

Intrigués, le Dr Scott et son équipe ont poussé leurs recherches et ont appris que lorsque le peptide était injecté à des rats sujets au diabète, il générait de nouvelles cellules bêta productrices d'insuline susceptibles de remplacer celles qui étaient détruites.

« La majorité de la recherche existante sur le DT1 porte uniquement sur l'inhibition du système immunitaire qui s'attaque à lui-même. Nous avions besoin de recherches axées non seulement sur cette inhibition, mais aussi sur la régénération des cellules bêta détruites. Notre découverte – selon laquelle le peptide antimicrobien cathélicidine peut jouer un rôle dans la diminution de l'inflammation de l'intestin et la régénération de ces cellules – représente une étape importante dans la recherche sur le diabète », affirme le Dr Scott. Bien que cette recherche n'en soit encore qu'au début, d'autres groupes ont fait des découvertes complémentaires semblables sur un modèle animal différent, ce qui justifie vivement le besoin d'autres études précliniques.

Cette percée pourrait jeter un nouvel éclairage sur la prévention et le traitement du diabète, ouvrant ainsi la voie à l'amélioration de la santé et de la qualité de vie des diabétiques, et éventuellement à un remède.

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