ACCESS Esprits ouverts

Lancement du réseau ACCESS Esprits ouverts (Chatham-Kent).
Photos – avec la permission du réseau ACCESS Esprits ouverts, Jody Maynard.

Intervenir rapidement pour prévenir les urgences de santé mentale

9 septembre 2016

Source : Cet article a été republié avec la permission d'ACCESS Esprits ouverts et de son auteure, Caroline Arbour.

ACCESS Esprits ouverts transforme les services de santé mentale pour les jeunes à plus d'une douzaine d'endroits dans tout le Canada et mesure l'impact de solutions adaptées aux besoins locaux sur une période de trois ans. Le réseau de la Stratégie de recherche axée sur le patient (SRAP) est financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et la Fondation Graham-Boeckh.

Depuis une vingtaine d'années, Roger Stoddard « vit comme un pompier, toujours de service, attendant que le téléphone sonne », prêt à éteindre la plus récente crise de santé mentale qui menace de consumer sa fille Jillian. L'analogie donne le frisson. Jilly, comme l'appelle sa famille, a 33 ans. Elle a tenté de s'immoler par le feu trois fois au fil des ans. Elle s'est aussi blessée de nombreuses autres façons, toutes aussi effroyables les unes que les autres.

Si elle se frappait la tête et se tirait les cheveux à cinq ans seulement, c'était à cause de son épilepsie, se disait-on. Quand les médecins ont réduit ses anticonvulsivants à 13 ans, qui servaient également à stabiliser son humeur, les Stoddard ont senti qu'il y avait quelque chose d'autre. « Nous avions cette fillette très tranquille, qui aimait sa famille et son école, puis qui est devenue tout à fait le contraire de ce qu'elle était », explique son père. « Elle s'est mise à tempêter et à jurer, ses manies, son apparence et son langage corporel changeaient. Elle pouvait voir des choses ramper sur ses mains, qu'elle lavait alors jusqu'au sang ». La famille s'est fait dire qu'il s'agissait simplement de problèmes de comportement.

Pendant un bout de temps, « toute son équipe de soins, c'était ma femme et moi », dit Stoddard. « Nous nous sentions laissés à nous-mêmes, personne n'était là pour nous aider, personne ne nous avait dit quoi faire. À son adolescence, nous n'avions rien. » Les symptômes de ce qui a fini par être diagnostiqué comme de la schizophrénie doublée d'un trouble de la personnalité limite sont devenus si graves que Jillian a dû être internée plus d'une fois dans un établissement psychiatrique, où elle allait demeurer parfois jusqu'à un an, attachée à son lit.

Après avoir reçu son congé à l'insu de ses parents à 17 ans, elle a vécu dans la rue avant qu'on lui trouve un logement supervisé. Toutefois, son père dit que le système a maintes fois essayé de la forcer à se débrouiller toute seule – jusqu'à 21 fois en 3 ans –, si bien que la famille « doit poursuivre son combat pour que Jilly reçoive les soins dont elle a besoin ».

Jadis ingénieur, puis conseiller en santé mentale pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, et aujourd'hui vice-président de la section provinciale de l'Association canadienne pour la santé mentale, Stoddard participe également à ACCESS Esprits ouverts. Il estime que le modèle de soins que propose ACCESS pour les 11 à 25 ans, soit un accès rapide et direct à des services appropriés et adaptés à l'âge, aurait pu mettre Jillian sur une autre voie si seulement il avait existé quand elle était jeune.

« Je pense qu'il y aurait eu moins de risques qu'elle attente à sa vie », dit Stoddard. Par ailleurs, « elle est intelligente, très douée dans certains domaines, mais dépourvue dans d'autres, et si des spécialistes avaient pu l'aider à composer avec ces déficiences, sa vie aurait pu être très différente ». Recevoir de l'aide d'experts qui comprennent la maladie mentale chez les adolescents aurait également pu aider à réduire l'anxiété et la douleur du couple, et permettre au petit frère Kyle de profiter davantage de sa mère et de son père. « Nous aurions certainement pu bénéficier de quelqu'un qui aurait été en mesure de nous parler à tous. »

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