Un athlète paralympique canadien raconte son histoire aux IRSC

L’athlète paralympique canadien Patrice Dagenais parle de la vie avec une incapacité physique et des bienfaits du sport et de l’exercice

13 septembre 2016

Il y a de cela 13 ans, Patrice Dagenais, l'actuel cocapitaine de l'équipe canadienne paralympique de rugby, a subi un accident tragique qui l'a laissé paralysé des doigts, et de la poitrine en descendant. Dans cette vidéo, Dagenais, gagnant d'une médaille d'argent aux Jeux paralympiques de Londres en 2012 et d'une médaille d'or aux Jeux parapanaméricains de Toronto en 2015, raconte comment les avancées en santé, le sport et l'exercice, et une attitude positive lui ont permis de faire face à une crise médicale et d'avoir du succès. 
Transcription

Vidéo - Un athlète paralympique canadien raconte son histoire – entrevue avec Patrice Dagenais

Patrice Dagenais
Co-capitaine d'Équipe Canada pour le rugby en fauteuil roulant

Patrice Dagenais: Ben ça fait quand même assez longtemps. Ça fait 13 ans. C'était en 2003. Après avoir complété une année au collège, je travaillais à temps partiel l'été sur la construction à bâtir des maisons résidentielles. Je travaillais même pour la compagnie à mon père.

Puis c'était un matin, assez de bonne heure, vers 8 heures, que j'étais au deuxième étage de la maison, donc une chute de deux étages, puis j'ai tombé sur mon dos. Ma tête a frappé le sol puis j'ai fracturé la sixième vertèbre dans mon cou et j'ai endommagé ma moelle épinière. C'est pour ça qu'aujourd'hui je suis un tétraplégique.

Donc je suis paralysé pas mal de la poitrine en descendant. Pour mes bras aussi sont affectés, donc mes triceps sont faibles, mes poignets sont faibles et j'ai pas vraiment de mouvement dans mes mains non plus. Un petit peu dans ma main gauche, qui m'aide quand même à faire des affaires quand même assez essentielles de tous les jours, mais je pourrais dire que 70-75 pour cent de mon corps est paralysé.

C'est sûr que c'est très difficile, surtout, t'sais, à c't'âge là, tu commences à être vraiment autonome puis tout d'un coup, bien tu perds tout ça puis tu viens dépendent de tout le monde. J'étais même pas capable de faire beaucoup de choses pour moi-même.

Mais en même temps, au début, ma moelle épinière était pas complètement coupée donc il y avait peut-être de l'espoir que je puisse reprendre la fonction ou même remarcher. Il y avait pas beaucoup d'espoir, mais au moins j'en avais un p'tit peu.

Source : Kevin Bogetti-Smith/BC Wheelchair Sports

Alors il a pas fallu que je l'accepte d'un coup. Ça a été graduel. Donc ça a pris environ un an et demi avant que je sache vraiment que j'étais pour être paralysé pour le restant de ma vie.

Donc c'est quelque chose que, c'est sûr que il y a des moments très difficiles, mais c'est sûr que c'est pas facile, tu penses un peu que ta vie est finie, t'sais, que tu peux pu faire les mêmes choses que tu faisais avant. Tu te demandes un peu pourquoi ça arrive à moi, pourquoi j'ai mérité ça? Je suis un bon gars, puis tout ça. Mais c'est important d'avoir du support de ma famille, mes amis étaient vraiment toujours là pour moi puis ça l'a aidé. Mais c'est sûr que j'ai passé des moments difficiles.

Mais je pense que ça pas été un processus qui est arrivé d'un jour à l'autre. C'est -- ça a pris du temps, mais avec l'aide de mes proches, de la physiothérapie ou de l'ergothérapie, j'ai été capable d'être de plus en plus autonome et, en même temps, environ un an et demi, deux ans après mon accident, j'ai découvert le sport, le rugby en fauteuil roulant.

Puis moi, le sport, j'adorais ça quand j'étais petit, puis c'était un des aspects les plus importants pour ma réadaptation, c'était trouver une nouvelle passion puis me donner un objectif de un jour peut-être représenter mon pays à l'échelle internationale.

Après avoir vu le film de -- c'est un documentaire qui s'appelle « Murderball », qui est sorti environ en 2005, c'est là que j'ai vu que le sport était un sport paralympique puis que c'était agressif, c'est un peu violent, même, on peut dire. Puis je trouvais que ça ressemblait un peu au hockey; c'était mon sport préféré avant mon accident. Donc ça m'a pas pris beaucoup pour me dire, ok, je veux vraiment faire ça plus tard.

C'est l'aspect le plus important de ma réadaptation. C'était de trouver ce sport-là. J'ai repris le goût de vivre puis j'avais un objectif.

Avoir un rêve d'enfance, moi je suivais les Olympiques d'été, d'hiver à tous les deux ans. Je rêvais d'être un professionnel dans la ligue nationale au hockey. Ça a toujours été un rêve pour moi de représenter mon pays au plus haut niveau possible. Puis en ce moment, je peux vivre ça.

Je peux dire que je représente mon pays, je suis un des meilleurs dans mon sport au Canada et que j'ai visité environ 13-14 pays juste à cause de ce sport-là. Donc ça a complètement changé ma vie, puis ça m'a permis d'être une personne indépendante, qui est très important aussi.

C'est très important de demeurer actif non seulement pour le physique, mais le mental aussi. T'sais, même à chaque fois que tu fais un entraînement, que ce soit faire du sport, aller au gymnase ou, t'sais, faire de l'exercice dehors, prendre une marche, quoi que ce soit, il y a toujours un sens d'accomplissement après qui te rend de meilleure humeur.

Puis si t'ajoutes la bonne nutrition avec ça là, tu deviens juste une personne encore plus en santé. Puis je pense que c'est important dans la vie de vivre ce style de vie là, une vie santé, pour que tu puisses être heureux.

Bien, c'est sûr que quand t'as des problèmes médicals ou quoi que ce soit, soit mental ou physique, c'est difficile, c'est stressant puis c'est dur mentalement puis ça l'affecte non seulement toi-même, mais ta famille puis tes amis aussi. So je pense que c'est pour ça que c'est tellement important parce que ça touche tout le monde.

T'sais, avoir le bon équipement, les bonnes ressources, d'avoir des centres médicaux qui sont mis à jour puis connaître et appliquer les bonnes pratiques médicales, ça peut sauver des vies. Puis je pense que moi, personnellement, quand j'ai eu mon accident, j'savais que j'aurais eu beaucoup d'obstacles, mais je me sens quand même -- j'avais quand même un peu d'espoir puis j'avais une tranquillité d'esprit de savoir que j'étais entre de bonnes mains puis que les personnes que je travaillais avec, les professionnels de la santé, je leur faisais confiance. Je pense ça faisait une différence dans ma réadaptation. 

D'en faire le plus possible. C'est sûr même si tu commences à juste t'entraîner deux fois par semaine, chaque fois que tu t'entraînes, tu fais une activité physique, ça va faire une différence dans ta vie. Je crois que tu vas avoir une meilleure qualité de vie, tu vas être de bonne humeur.

Et, en même temps, ce sera pas facile, mais il faut vraiment que tu crois en soi-même que tu peux changer à cause que il y a des moments difficiles, des fois, ça te tente pas, t'es pas motivé, mais en bout de ligne, je peux -- vous pouvez me faire confiance que de dire que ça porte fruit.

Merci à l'Association canadienne des sports en fauteuil roulant

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