Des chercheurs luttent contre le cancer en activant des gènes dormants

La « Belle au bois dormant » : un gène réactivé pour vaincre le même cancer des os que combattait Terry Fox

13 octobre 2016

L’ostéosarcome (ou sarcome ostéogénique) est le type le plus courant de tumeur osseuse chez les enfants et les adolescents, et la troisième cause de cancer pédiatrique. Souvent une forme virulente de cancer, il réduit grandement la qualité de vie des jeunes patients et de leur famille.

L’ostéosarcome est causé par des tumeurs malignes qui se forment dans les cellules osseuses. Il est observé :

  • plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes;
  • le plus souvent entre les âges de 10 et de 30 ans;
  • le plus souvent dans les os des bras, des jambes et du bassin;
  • plus fréquemment chez les personnes qui ont des antécédents de syndrome de Li-Fraumeni, de maladie osseuse de Paget ou de rétinoblastome, ou qui ont subi des traitements de radiothérapie.

Source : Société canadienne du cancer

Le héros canadien Terry Fox a été amputé de la jambe droite à cause d’un ostéosarcome en 1977. Le 12 avril 1980, Terry a entrepris sa fameuse course pancanadienne – le Marathon de l’espoir – afin d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer. Son périple a commencé à St. John’s (Terre-Neuve), pour se terminer à Thunder Bay (Ontario), 143 jours plus tard et 5 373 kilomètres plus loin. L’état de Terry s’était détérioré au point où il ne pouvait plus continuer. Il est décédé le 28 juin 1981, à un mois de son 23e anniversaire.

Les Canadiens n’ont pas oublié le courage de Terry Fox et, 30 ans plus tard, son héritage demeure vivant grâce à la course annuelle Terry Fox, qui a permis de recueillir plus de 700 millions de dollars pour la recherche sur le cancer partout dans le monde.

Terry Fox et son Marathon de l’espoir ont inspiré un nombre incalculable de gens, dont la Dre Rama Khokha, chercheuse financée par les IRSC au Centre de cancérologie Princess Margaret, à Toronto. La Dre Khokha est également professeure et vice‑présidente au Département de biophysique médicale de l’Université de Toronto.

Dre Rama Khokha, Centre de cancérologie Princess Margaret, Réseau universitaire de santé
Photo – avec la permission de la Dre Rama Khokha, Centre de cancérologie Princess Margaret, Réseau universitaire de santé.

La Dre Khokha a obtenu son doctorat en biochimie de l’Université Western en 1985 et a entrepris ses recherches sur l’ostéosarcome il y a plus de dix ans, en mettant l’accent sur la façon dont la génomique, ou l’étude de l’ensemble de l’ADN d’une cellule, peut servir à lutter contre la maladie. Ses études à la fine pointe de la science portent sur les mécanismes de l’ostéosarcome et la façon dont ils peuvent être enrayés.

Selon l’American Cancer Society (en anglais seulement), si le cancer est localisé avec succès, le taux de survie après cinq ans pour les patients qui sont traités s’avère optimiste, oscillant entre 60 % et 80 %. Par contre, si le cancer se propage, le taux de survie après cinq ans n’est plus que de 15 % à 30 %.

L’équipe de recherche dirigée par la Dre Khokha a un objectif clair : enrayer le cancer. Il s’agit là d’un défi de taille étant donné la très grande instabilité génomique qui caractérise l’ostéosarcome.

Pour relever le défi, les chercheurs ont voulu mettre en évidence les gènes qui déterminent l’apparition de l’ostéosarcome et la métastase. À cette fin, ils utilisent un procédé Belle au bois dormant pour découvrir des gènes qui peuvent transformer des cellules osseuses humaines non cancéreuses en ostéosarcome.

La Belle au bois dormant a été reconstruite à partir d’un représentant d’un sous‑groupe d’éléments de poisson, qui aurait été actif il y a environ 10 millions d’années. Elle a ouvert la voie à de nouvelles possibilités de recherche sur la transposition de l’ADN chez les vertébrés et à la mise au point d’outils de transposition pour la manipulation génétique chez des espèces modèles importantes et des humains.

Z. Ivics et coll., 2004, Caister Academic Press

Le procédé fait appel à la transposase Belle au bois dormant pour déplacer des transposons artificiels dans le génome des cellules humaines normales à l’étude. Les transposons sont des fragments d’ADN accompagnés de certaines séquences qui permettent à la transposase de les déplacer çà et là dans le génome. Ces transposons artificiels sont conçus de manière à provoquer des mutations lorsqu’ils atteignent un gène, permettant ainsi de l’identifier.

La Dre Khokha et son équipe utilisent cette stratégie pour activer ou désactiver des gènes de façon imprévisible afin de favoriser la formation du cancer. Les mutations spontanées qui entraînent une croissance cancéreuse sont ensuite identifiées. Selon l’équipe, l’identification d’un plus grand nombre de gènes liés au cancer fera avancer la recherche de façons de prévenir, de traiter et même de guérir cette maladie tenace. C’est dans cette optique que des cliniciens-chercheurs essaient maintenant de trouver des moyens de faire bénéficier les patients en milieu clinique de ces nouvelles avancées.

« Le soutien des IRSC nous a permis de découvrir des gènes importants dans les sarcomes des tissus mous et mènera peut-être à la découverte des facteurs qui favorisent la métastase. »

Dre Rama Khokha

Malgré la lutte difficile contre l’ostéosarcome – qui exige temps, énergie et persévérance –, la Dre Khokha et ses collaborateurs demeurent immuables, résolus et concentrés, s’inspirant de Terry Fox pour progresser dans leur propre marathon de l’espoir.

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