Discours du président : Conférence sur la recherche canadienne dans le domaine de la douleur

19 septembre 2016

Toronto, Ontario

Merci Dorothy [Strachen] pour votre aimable présentation.

Chers collègues,

Il me fait particulièrement plaisir d'être parmi vous aujourd'hui pour ouvrir cette conférence sur la recherche dans le domaine de la douleur, puisqu'il s'agit d'un sujet, comme certains d'entre vous le savent bien, qui me tient particulièrement à cœur.

Pendant trop longtemps, la douleur a été un sujet négligé en médecine. Elle était perçue comme un symptôme, non comme une maladie, et on ne lui accordait pas l'attention qu'elle méritait, la considérant souvent comme une simple plainte.

Pourtant, selon la Société canadienne pour le traitement de la douleur, la douleur représente la raison la plus courante qui pousse les patients à consulter un médecin. Et selon de nombreux indicateurs, les soins qu'ils reçoivent de nos jours sont toujours inadéquats.

Par exemple, un adulte canadien sur cinq souffre de douleur chronique. Même si on estime que 90 % des patients pourraient obtenir un soulagement sûr et efficace de la douleur grâce aux traitements offerts actuellement, seulement 50 % y arrivent.

Pour ce qui est des répercussions sur l'économie canadienne, on estime que la douleur chronique coûte aux Canadiens de 43 à 60 milliards de dollars annuellement en dépenses de soins de santé et en perte de productivité, ce qui est supérieur aux coûts combinés liés au cancer, aux maladies du cœur et au VIH.

Ajoutons que la douleur peut mener à la dépression, à une réduction de la productivité au travail, voire au suicide.

Mais si la douleur a longtemps été négligée d'un point de vue clinique – je ne me souviens pas avoir reçu ne serait-ce qu'une heure de cours sur la douleur durant mes études de médecine – elle constitue un sujet de recherche depuis longtemps.

Qui plus est, c'est un domaine où le Canada a joué un rôle précurseur, qu'il s'agisse de la théorie du portillon sur la modulation de la douleur proposée par Melzack et Wall au milieu des années 1960 ou de l'imagerie des centres de contrôle de la douleur dans le cerveau de nos jours.

C'est au Canada que Melzack et Torgerson ont élaboré le célèbre questionnaire de McGill sur la douleur dans les années 1970. Soit dit en passant, ce questionnaire est toujours utilisé et est considéré comme l'un des meilleurs outils d'évaluation de la douleur disponibles dans le monde aujourd'hui.

Très tôt, les chercheurs ont compris que comme la douleur comporte de multiples facettes, notamment physiologique, pathologique, clinique et comportementale, la recherche sur la douleur doit reposer sur une approche multidisciplinaire. Souvenez-vous, Melzack était psychologue et Wall était électrophysiologue!

Dans le financement offert par les IRSC, on tient compte de cette nécessité. En effet, la recherche sur la douleur est financée par plusieurs instituts, même si les fonds proviennent principalement de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite (IALA) et de l'Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies.

Grâce à des investissements annuels de 16 millions de dollars dans ce domaine, nous soutenons 1 226 chercheurs et stagiaires spécialisés dans le domaine de la douleur qui proviennent de diverses disciplines, des neurosciences à l'anesthésiologie, de la biologie moléculaire à la thérapie comportementale, et de la biophysique à la pharmacologie.

La nouvelle définition de la douleur proposée par Williams et Craig dans la documentation remise avant la rencontre témoigne de cette réalité.

Je cite : [traduction] « La douleur est une expérience éprouvante associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles et comportant un aspect sensoriel, émotionnel, cognitif et social ».

Pour aborder une question aussi complexe en nous assurant que les données probantes issues de la recherche trouvent une application clinique réelle, il nous faut éliminer les cloisons entre les disciplines, entre les professions et entre les différents intervenants et les différentes compétences. Il nous faut également favoriser les partenariats novateurs entre les secteurs public et privé.

C'est pourquoi nous avons réuni ici aujourd'hui, en plus de chercheurs de premier plan sur la douleur issus du secteur biomédical, du secteur clinique, des systèmes et services de santé et du secteur de la santé des populations, des patients, des professionnels de la santé, des décideurs, des partenaires de l'industrie et des membres du secteur caritatif.

On a parfois tendance à oublier que la mission des IRSC, telle que définie dans sa loi constitutive, est à double volet : soutenir la création des connaissances et en assurer le transfert vers de nouveaux traitements et services.

La recherche sur la douleur a souvent servi de modèle à cet égard. Et, sans doute en raison de ses composantes subjectives, a été l'un des premiers secteurs de la recherche à impliquer étroitement les patients.

C'est donc un sujet qui répond tout naturellement aux objectifs de la Stratégie de recherche axée sur le patient.

Les patients qui vivent avec la douleur sont souvent les mieux placés pour parler des questions de recherche qui nécessitent des réponses de toute urgence. Leur point de vue est essentiel à l'établissement des priorités qui dicteront le programme de recherche sur la douleur du Canada. Pour citer Sir William Osler : « Le bon médecin traite la maladie; le grand médecin traite la personne qui a la maladie ».

Dans mon esprit, aucun sujet ne s'inscrit mieux dans la création du réseau pancanadien sur la douleur chronique de la SRAP (Stratégie de recherche axée sur le patient) qui a été annoncée plus tôt cette année.

Il s'agit d'un des cinq réseaux de la SRAP lancés à cette occasion, et il est important de souligner que tous ces réseaux ont bénéficié dans une large mesure de la collaboration et des investissements d'organismes partenaires. En fait, nos partenaires ont investi plus de 126 millions de dollars dans cette série de réseaux, soit plus du double des investissements des IRSC.

Le réseau sur la douleur chronique lui-même profite des investissements combinés des IRSC et des partenaires, s'élevant à plus de 23 millions de dollars. Il vise à entraîner des retombées réelles, soit améliorer la santé et le bien-être des patients qui souffrent de douleur chronique et accélérer l'application des résultats de la recherche sur la douleur en vue d'améliorer l'efficacité des soins de santé.

Dans quelques instants, nous entendrons le chercheur principal du réseau, le Dr Norman Buckley. Au nom des IRSC, je tiens à le remercier pour le leadership dont il fait preuve dans le domaine.

L'objectif de cette conférence est de favoriser la création d'un programme de recherche sur la douleur fondé sur des preuves. Ce programme sera organisé et mis en œuvre par le comité directeur de la conférence. Il fournira une orientation à nos instituts quand viendra le temps de créer de nouvelles possibilités de financement à grande échelle.

J'ai bon espoir que cette rencontre nous permettra également d'intensifier les relations et les collaborations intersectorielles, ce qui entraînera un changement positif pour les patients aux prises avec la douleur et réduira les coûts émotionnels et économiques pour la société canadienne.

Je vous souhaite à tous une rencontre productive et inspirante.

Merci.

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