Dr Earl Nowgesic – l’étude Indigenous Red Ribbon Storytelling
Les clés pour que les Autochtones adhèrent à leur traitement anti-VIH?
Confiance, respect et compassion

Grâce aux avancées dans la recherche en santé, un résultat positif au dépistage du VIH n’équivaut plus à une condamnation à mort. Les personnes séropositives peuvent suivre un traitement antirétroviral, composé d’un cocktail de médicaments qui empêchent la réplication du virus dans l’organisme. Toutefois, cette approche n’est efficace que si les patients ont accès à ce traitement salvateur et s’y conforment.

La recherche montre que les Autochtones, chez qui le nombre de nouvelles infections à VIH est disproportionnellement élevé au Canada, sont moins susceptibles que les non-Autochtones d’avoir accès au traitement antirétroviral et d’y adhérer. Désireux de comprendre pourquoi, un chercheur financé par les IRSC, le Dr Earl Nowgesic, professeur adjoint à l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, a entrepris l’étude Indigenous Red Ribbon Storytelling. L’été dernier, il a présenté ses conclusions à un auditoire dont faisait partie la ministre de la Santé du Canada lors de la 6e Préconférence internationale sur le VIH et le sida pour les Autochtones, évènement indépendant affilié à la 21e Conférence internationale sur le sida tenue à Durban, en Afrique du Sud.

Le Dr Nowgesic a réalisé son étude à Saskatoon et à Prince Albert (Saskatchewan). Il a choisi ces villes avec ses partenaires parce que le taux de diagnostic du VIH en Saskatchewan est presque le double de la moyenne nationale, dans une large mesure en raison des nouveaux cas de VIH chez les Autochtones, qui sont nombreux à contracter la maladie parce qu’ils partagent des seringues pour s’injecter des drogues.

Le Dr Nowgesic a procédé à des entrevues individuelles et a organisé des cercles de partage avec 20 participants autochtones, dont la plupart avaient des problèmes d’alcool ou de drogue et suivaient le traitement antirétroviral, ou l’avaient suivi, pour mieux comprendre leurs expériences relatives à ce traitement.

Ce qu’il a découvert, c’est que de nombreux participants se sentaient jugés, non respectés ou mal compris par les soignants chargés de prescrire ou d’administrer le traitement antirétroviral. Certains participants ont indiqué que des médecins avaient refusé de leur prescrire ce traitement après qu’ils eurent admis faire encore usage de drogues, alors que d’autres ont dit avoir été forcés de s’y soumettre comme condition pour avoir accès à la méthadone dont ils avaient besoin pour soulager leurs symptômes de sevrage des opioïdes.

« Ce que j’ai entendu, c’est que certains médecins et pharmaciens ne tenaient pas compte de l’ensemble du contexte, soit tout ce qu’implique le fait d’être un Autochtone vivant avec le VIH et ayant des problèmes de consommation, ainsi que des déterminants sociaux de la santé chez les Autochtones : discrimination, oppression culturelle et défis de la réconciliation », commente le Dr Nowgesic.

Selon les participants, les soignants étaient incapables de voir les problèmes de dépendance comme une maladie chronique, où des rechutes sont prévisibles. « C’est un peu comme le diabète à cet égard. Un diabétique, après une journée difficile, peut se consoler en s’achetant une boîte de biscuits et en la mangeant au complet. Le diabétique sait que c’est contraire à son régime, mais avec les maladies chroniques, les rechutes sont possibles. »

« Des participants sont venus me dire : “Earl, tu es correct. Tu me traites comme une personne. Tu t’occupes de moi pour qui je suis, pas seulement comme un drogué et quelqu’un que tu désapprouves.” »

Le Dr Nowgesic indique qu’une importante leçon tirée de l’étude est que les soignants doivent établir une relation de confiance avec les personnes séropositives, en particulier s’il s’agit d’Autochtones qui se méfient des institutions et des figures d’autorité en raison d’expériences de discrimination raciale. Selon lui, une façon d’y parvenir est par une approche plus holistique du traitement du VIH chez les Autochtones, le traitement antirétroviral étant un élément seulement d’une stratégie de guérison également axée sur des interventions pour améliorer la santé émotionnelle, mentale et spirituelle, comme les sueries, le counseling fourni par les aînés, les cercles de parole et d’autres pratiques de guérison traditionnelles autochtones qui favorisent le respect de soi.

« Pour avoir une bonne vie, les aspects psychologique, mental, spirituel et physique de la santé doivent être en équilibre », affirme-t‑il. « Une pilule, ou un cocktail de pilules, ne résoudra pas tous les problèmes qui affectent la capacité des Autochtones d’avoir une vie équilibrée; ce n’est pas la panacée. »

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