Moi aussi : Theoren Fleury parle de santé mentale

Theoren Fleury
Photo offerte par le club de hockey les Flames de Calgary

Une ancienne vedette de la LNH, Theoren Fleury, s’entretient avec les IRSC au sujet de la santé mentale, des traumatismes et de l’importance de la recherche en santé mentale pour tous les Canadiens

27 mars, 2017

Theoren Fleury, ancien joueur étoile de la LNH, gagnant de la Coupe Stanley et médaillé d’or olympique, est une véritable légende du hockey. Loin des feux de la rampe, Theoren a souffert de traumatismes, d’agressions, de problèmes de santé mentale et de l’incapacité de parler de ses difficultés.

Theoren s’est récemment entretenu avec les Instituts de recherche en santé du Canada au sujet de ses problèmes de santé mentale, de la façon dont il a surmonté ses dépendances et ses traumatismes, et de la création, grâce à son travail, d’une communauté pour les survivants. Dans cette vidéo, Theoren montre que personne, ni même les vedettes, n’est à l’abri des traumatismes et de la maladie mentale. Il insiste également sur l’importance de parler de la santé mentale, entre autres pour faire tomber les préjugés.

Moi aussi : Theoren Fleury parle de santé mentale

Transcription

M. Theoren Fleury : Mes deux parents ont subi des traumatismes durant leur enfance et ils ont chacun utilisé leurs propres mécanismes d’adaptation…

M. Theoren Fleury
Ancien joueur de la Ligue nationale de hockey (LNH)

M. Theoren Fleury : Ma mère était dépendante des médicaments sur ordonnance, et mon père était alcoolique. Mon développement dans cet environnement a donc été très chaotique. En plus d’avoir vécu cette expérience avec mes parents, j’ai été abusé sexuellement à l’adolescence. Tout ça était trop pour moi, alors j’ai utilisé mes propres stratégies d’adaptation pour pouvoir supporter la douleur émotionnelle et les cicatrices que ces deux expériences m’ont laissées. J’ai sombré dans la boisson, la drogue, le jeu et même dans la nourriture, bref, toutes ces choses vers lesquelles on se tourne pour engourdir la douleur associée à ces expériences.

Mais on sait bien qu’une dépendance ne va jamais en s’améliorant. Nos mécanismes d’adaptation ne règlent pas nos problèmes, et il vient un temps où on doit faire un choix, prendre une décision. Moi, j’ai fait ce choix il y a presque 12 ans et demi. À un moment donné, je me suis mis le canon d’un pistolet chargé dans la bouche et j’étais prêt à appuyer sur la gâchette. Je ne crois pas que je voulais vraiment mourir, mais j’étais écœuré de subir cette douleur émotionnelle et cette souffrance que j’ai dû endurer la majeure partie de ma vie. J’avais essayé absolument toutes les solutions du monde, mais rien n’avait jamais réussi à soulager ma souffrance. Ce jour-là, j’ai choisi de vivre et de changer ma vie.

Texte de la diapositive : HOCKEY

M. Theoren Fleury : Très jeune, j’ai découvert le hockey, et c’est devenu pour moi un refuge. J’y trouvais tout ce qui me manquait à la maison. En mettant les pieds à l’aréna, je me sentais respecté, je me sentais aimé et j’avais tout ce qui me manquait. Et j’étais vraiment bon au hockey. J’y consacrais donc pratiquement tout mon temps éveillé, que ce soit à l’aréna ou dans la rue.

J’ai lu le livre The Outliers, de Malcolm Gladwell. Dans un des chapitres, il dit grosso modo que si vous voulez faire partie de la crème de la crème dans un domaine, vous devez y consacrer 10 000 heures. Après avoir terminé ce chapitre, j’ai refermé le livre et je me suis mis à réfléchir à ma vie. Je me suis rendu compte que j’avais certainement consacré 10 000 heures au hockey depuis mes débuts à l’âge de 5 ans, jusqu’à l’âge de 15 ans, alors que je quittais la maison pour réaliser mon rêve de devenir joueur de hockey professionnel. Parce que quand je n’étais pas à l’école, vous savez ce que je faisais? Je pratiquais sans cesse mon coup de patin, mes lancers et mes passes encore et encore et encore.

Et au hockey, quand vous vous demandez où vous devriez vous trouver sur la glace, vous êtes dans le pétrin. Grâce aux 10 000 heures d’entraînement que j’avais cumulées pendant dix ans sans m’en rendre compte, je n’avais jamais à réfléchir à l’endroit où je devais me trouver sur la glace. Quand je suis arrivé dans une équipe professionnelle, ça m’a vraiment permis de me démarquer des autres qui « essayaient » de jouer. Oui, j’avais bel et bien consacré tout ce temps à mon sport. J’ai mis toutes mes énergies dans le hockey, et chaque fois que j’arrivais sur la glace, c’était magique et j’adorais ça. Le hockey me donnait un but, une nouvelle direction.

Texte de la diapositive : LE LIVRE

M. Theoren Fleury : À la première séance de signature de mon livre à Toronto, je n’avais que très peu d’attentes, sinon aucune. Je me disais que personne ne voudrait le lire. Je me suis tout de même rendu à la plus grande librairie Indigo Chapters du Canada, à Toronto, où 400 personnes sont venues faire signer leur exemplaire. J’ai pensé : « C’est bizarre. C’est vraiment étrange. »

J’ai commencé à signer des livres. Du coin de l’œil, j’ai aperçu un homme qui faisait la queue pour faire signer son livre. Il le serrait contre lui, fixait le plancher et avançait très lentement. Je le regardais de temps en temps pendant que je signais des livres. Quand il est arrivé devant moi, il a mis son livre sur la table, m’a regardé dans les yeux et m’a dit : « Moi aussi. » Après tout le stress que j’avais ressenti, toutes mes inquiétudes…

Je n’avais aucune idée de ce que je ferais du reste de ma vie, mais cet homme et les deux mots qu’il a prononcés m’ont donné un nouveau but, et vous savez quoi, je n’ai jamais perdu ce but de vue depuis. Depuis ce premier « moi aussi », plus de 600 000 personnes m’ont fait, directement ou indirectement, le même aveu.

C’est vraiment stupéfiant et bouleversant, mais c’est aussi formidable. Je suis toujours impressionné de voir la vulnérabilité des gens et le courage dont ils font preuve pour briser le silence et raconter leur propre expérience. Et ce qui se produit après qu’ils ont partagé leur secret est extraordinaire. Leur posture change. Leurs yeux deviennent plus brillants. Leur aura se transforme.

Pour moi, la solution n’est pas compliquée. Les problèmes de santé mentale, d’abus et d’intimidation sont souvent balayés sous le tapis. Il faut en parler beaucoup plus. Un jour, quelqu’un m’a dit une chose qui m’a marqué : « Les traumatismes n’épargnent personne. Tout le monde vit des traumatismes. Le dénominateur commun de tous les êtres humains, ce sont les traumatismes. » Et j’ai pensé qu’il n’y avait rien de plus vrai. Je le constate tous les jours, chaque fois que je donne une conférence, que je voyage ou peu importe ce que je fais. Pour moi, c’est de l’entraide entre pairs. Ça crée un environnement où les gens se sentent assez en confiance pour raconter leur histoire.

Texte de la diapositive : STIGMATISATION

M. Theoren Fleury : Nous combattons la stigmatisation sans relâche. Nous sommes convaincus qu’aller chercher de l’aide est un signe de faiblesse. En réalité, c’est tout le contraire. Demander de l’aide est en fait le plus grand acte de courage qu’un être humain puisse accomplir. Et c’est ce que j’ai fait.

J’ai réussi à trouver le courage et la force de raconter mon histoire, de montrer mon côté le plus vulnérable. Mon témoignage en a aidé d’autres à trouver le même courage et la même force, et à raconter leur propre histoire.

Je pense que c’est le rôle de la recherche : créer d’abord des communautés sans tabous où on peut parler d’absolument tout. Une grande honte est associée aux traumatismes, à la maladie mentale et aux problèmes de toxicomanie, et il faut effacer cette honte. On fera des progrès quand la honte n’existera plus.

Texte de la diapositive : Theoren Fleury en compagnie du Dr Stephen Robbins, directeur scientifique de l’Institut du cancer des IRSC

Remerciements : Photos offertes par le club de hockey les Flames de Calgary.

Nous remercions M. Theoren Fleury, l’Institut du cancer des IRSC et son directeur scientifique, le Dr Stephen Robbins.

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