L’accès aux aliments concerne tout le monde

Vivez-vous dans un marais ou dans un désert alimentaire? Votre communauté peut corriger la situation!

25 avril 2017

Les décisions que nous prenons comme client ou employé d’un supermarché découlent de la structure de notre économie, de notre société et de notre système alimentaire. Aujourd’hui, dans un contexte alimentaire interdépendant, les supermarchés gèrent l’offre locale et mondiale. Les magasins d’alimentation peuvent accroître nos choix alimentaires, ou faire obstacle aux choix que nous voulons faire.

Nous n’avons pas tous une chance égale de vivre en santé ou d’accéder à des aliments nutritifs, et certaines populations sont particulièrement désavantagées.

Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) financent une étude visant à démontrer que notre situation alimentaire diffère selon que l’on vive dans un quartier riche ou un quartier défavorisé. 

Il est nécessaire d’avoir un revenu adéquat pour se payer des aliments. Or, un ménage sur huit au Canada – ou plus de 4 millions de Canadiens – ne dispose pas de ressources financières suffisamment élevées ou stables pour accéder aux aliments dont il a besoin.

La géographie du Canada contribue aussi à limiter l’accès à des aliments sains et abordables. Dans certaines communautés rurales ou éloignées, le supermarché le plus près peut être situé à bonne distance, et il peut y être difficile de rentabiliser un commerce alimentaire.

Dans les villes canadiennes, les résidants des quartiers à faible revenu vivent aussi près, sinon plus près, des épiceries que ceux des quartiers plus riches, ce qui signifie qu’ils ont accès à des aliments nutritifs, comme les fruits et les légumes. Pourtant, on qualifie parfois ces quartiers de « marais alimentaires ».  

Cela est peut-être attribuable au fait que les quartiers à faible revenu comptent une plus forte concentration de points de vente d’aliments et de boissons à faible valeur nutritive, comme les magasins et les restaurants où l’on vend des aliments surtransformés ou des boissons sucrées.

D’autres facteurs, comme le temps, le climat, le transport et l’infrastructure, ont aussi un rôle à jouer. Si des personnes non propriétaires d’un véhicule désirent se rendre à une épicerie distante de quelques kilomètres, leurs choix alimentaires dépendent largement de leur capacité à couvrir la distance à pied, ou d’accéder à un système de transport en commun.

Avec le soutien des IRSC, la Dre Catherine Mah, professeure adjointe de politique de santé à l’Université Memorial de Terre-Neuve, et la Dre Leia Minaker, professeure adjointe en planification à l’Université de Waterloo, ont pu faire équipe afin d’étudier cet enjeu complexe et de promouvoir des stratégies pour développer des environnements alimentaires plus sains au Canada.

Ensemble, elles ont créé FRESH-IT, une initiative faisant appel aux preuves scientifiques pour soutenir les communautés, y compris les décideurs, les planificateurs et d’autres intervenants, dans la création de leurs propres données probantes sur l’accès aux aliments.

FRESH-IT permet aux responsables dans la communauté de s’appuyer sur ces données probantes, et d’autres outils, pour planifier et prendre les mesures nécessaires afin de veiller à ce que les magasins offrent des aliments sains, et favoriser ainsi la santé de la population.

Les communautés ont plus d’influence sur les aliments et les magasins à leur disposition qu’elles pourraient le croire. Par exemple, les praticiens de la santé publique peuvent étudier des données, comme des données sur la sécurité alimentaire, et examiner comment elles peuvent nous éclairer en matière d’accès aux aliments.   

Les résidants des quartiers peuvent se mobiliser pour aider leurs conseillers municipaux à saisir les enjeux prioritaires liés à l’accès aux aliments dans leur milieu de vie. En mettant en commun leurs différents bagages, ils peuvent établir des priorités réalisables pour l’offre d’aliments dans les lieux financés avec des deniers publics, comme les centres récréatifs et les arénas.

Les responsables municipaux peuvent mettre en œuvre des politiques pour soutenir l’implantation d’épiceries de quartier offrant des aliments santé ou limiter la densité des points de restauration rapide et de dépanneurs autour des écoles par des règlements de zonage. L’accès durable à des aliments sains pourrait devenir une priorité des décideurs régionaux dans leur planification officielle.

Dre Catherine Mah

« La recherche sur l’environnement alimentaire nous aidera à créer des communautés saines où il fait bon vivre grâce à des politiques et des interventions à l’échelle des populations. Nous avons tous un rôle à jouer. Il faut se poser les bonnes questions : Quels types de solutions existent déjà et comment les adapter aux contextes locaux? Comment contribuer à l’égalité des chances et faire en sorte que les gens de tous horizons puissent avoir leur mot à dire sur leur situation alimentaire et leur santé? Comment les petits commerçants en contact direct avec la population locale peuvent-ils mieux tenir compte de la santé dans leur modèle d’affaires? Comment les décideurs peuvent-ils faire converger un éventail de priorités stratégiques autour de l’alimentation? »

Dre Catherine Mah

Par leurs recherches, les Dres Minaker et Mah ont pu concevoir des solutions créatives qui contribueront grandement à encourager de saines habitudes alimentaires et à inciter les décideurs à créer des environnements où les choix santé sont aussi des choix intéressants.  

Dre Leia Minaker
Photo: avec la permission de Faith Shelley

« Des communautés de tout le Canada commencent à reconnaître que les aliments que nous consommons dépendent souvent de l’environnement alimentaire où nous vivons, travaillons et nous divertissons. Comment pouvons-nous aider les planificateurs urbains et régionaux à concevoir des quartiers favorisant une saine alimentation et l’offre d’aliments santé? Des stratégies faisant en sorte que les choix santé soient également des choix intéressants pour les consommateurs, les détaillants et les communautés contribueront à améliorer la santé de la population canadienne. »

Dre Leia Minaker

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