Dansons ensemble : mettre fin à l’isolement social des aînés un pas à la fois

L’art et la science convergent au Centre sur le vieillissement et la société de l’Université Trent pour mettre les gens en contact et créer des collectivités amies des aînés

6 juin 2017

Les personnes âgées qui vivent avec la maladie d’Alzheimer et la démence, leurs aidants et les membres de leur famille souffrent souvent d’isolement.

La démence peut avoir pour résultat que les gens se sentent déconnectés de leur milieu, ce qui s’explique souvent par la stigmatisation associée à la perte de mémoire et ajoute à un fardeau que la personne atteinte de démence n’est pas seule à supporter.

Les aidants doivent souvent composer avec ces difficultés et partager l’isolement que vivent les personnes atteintes de démence. Communiquer, enchaîner des séquences de gestes ou se voir enlever son permis de conduire sont des exemples patents d’obstacles à affronter. Le résultat peut être un très grand isolement.

Souvent, la responsabilité du soin des aînés incombe aux membres de la famille, comme le conjoint ou la conjointe, qui peut être une personne âgée elle-même aux prises avec ses propres problèmes de santé. La solitude et l’isolement que vit la personne atteinte de démence sont souvent ressentis par l’aidant, ce qui peut conduire à la dépression, et à une nouvelle érosion du précieux réseau de soutien du patient.

Chercheur financé par les IRSC, le professeur Mark Skinner, de l’Université Trent, adopte une approche multidisciplinaire de la résolution du problème en conjuguant son expertise de la géographie de la santé, de la gérontologie sociale et des études rurales. Il a trouvé que les programmes d’intervention faisant appel à des bénévoles qui viennent en aide aux Canadiens âgés sont un ingrédient clé pour améliorer la santé et le bien‑être des aînés, en particulier dans les communautés rurales déjà moins bien desservies du Canada.

Une pincée de hasard

Le Dr Mark Skinner, titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur le vieillissement rural, la santé et les services sociaux et directeur‑fondateur du Centre sur le vieillissement et la société de l’Université Trent
Dre Rachel Herron, photo utilisée avec la permission de l’Université de Brandon

C’est à Peterborough, en Ontario, que l’on trouve l’une des plus fortes concentrations d’aînés du Canada, ce qui fait de l’Université Trent un environnement idéal où des chercheurs comme le Dr Skinner peuvent réaliser leur recherche et offrir aux étudiants la possibilité d’apprendre directement en participant à des activités de recherche communautaire.

En tant que directeur‑fondateur du Centre sur le vieillissement et la société de l’Université Trent, inauguré en 2013, le Dr Skinner cherche avec son équipe des façons de permettre aux communautés « grisonnantes » comme Peterborough de demeurer résilientes face à l’évolution démographique.

Les astres se sont alignés quand, en février 2016, le Dr Skinner a été nommé à la chaire de recherche du Canada sur le vieillissement rural, la santé et les services sociaux, ce qui allait confirmer sa réputation comme sommité internationale dans cette sphère de recherche.

L’École nationale de ballet du Canada (ENB) essayait de lancer un nouveau programme pilote de liaison avec les aînés, Dansons ensemble, financé par l’Agence de la santé publique du Canada, mais avait besoin d’un partenaire pour que l’initiative puisse démarrer. Le réseau de partenaires préexistant du Centre sur le vieillissement et la société de l’Université Trent a fait de Peterborough et des comtés voisins le choix évident pour le programme pilote.

De fil en aiguille, le Dr Skinner est devenu chercheur principal dans l’étude Dansons ensemble, partenariat novateur avec l’ENB et la Société Alzheimer du Canada conçu pour redonner un sentiment d’appartenance aux personnes âgées vulnérables et leur proposer une solution simple : mouvement, musique et compagnie.

Le projet financé par les IRSC est déployé en deux phases, à deux endroits différents. La première phase, dirigée par le Dr Skinner à l’Université Trent, à Peterborough, consistera à évaluer la faisabilité de créer une série de modèles d’intervention fondés sur l’art qui peuvent être adoptés à l’échelle nationale pour rompre l’isolement que vivent les personnes âgées en milieu rural.

Le projet est réalisé en collaboration. L’équipe de projet des IRSC travaille avec des cochercheuses de l’Institut de réadaptation de Toronto (Dre Pia Kontos) et du Centre sur le vieillissement de l’Université du Manitoba (Dre Verena Menec), ainsi qu’avec des partenaires utilisateurs des connaissances des sociétés Alzheimer de l’Ontario et du Manitoba, et un comité consultatif qui compte des personnes vivant avec la démence et des aidants.

Recrutées pour participer à des cours de danse ordinaires, les personnes âgées sont invitées à saisir des données de base dans un journal électronique afin d’éclairer une recherche plus approfondie. Déjà, les chercheurs ont observé que les conversations informelles autour d’un café après les leçons sont également valables et fournissent de précieuses informations. Ces échanges spontanés, non structurés, sur ce que cela signifie de s’occuper de quelqu’un qui présente un déclin cognitif sont d’une valeur inestimable et apportent des bienfaits évidents à la santé des aidants.

Le Dr Skinner passera le témoin à une autre cochercheuse principale, la Dre Rachel Herron, diplômée de Trent, pour la deuxième phase de l’étude Dansons ensemble. En poste à l’Université de Brandon au Manitoba, elle vérifiera la faisabilité de reproduire le projet pilote et de réaliser l’expérience à plus grande échelle, ainsi que de résoudre les diverses difficultés que pose l’atteinte des populations rurales, dont le manque de connectivité.

« Quand vous financez des travaux de recherche pour trouver des solutions aux problèmes auxquels font face les gens dans ces communautés, vous financez des travaux dont l’approche consiste à écouter et à apprendre pour acquérir de précieuses connaissances sur diverses réalités. Il s’agit de s’assurer d’écouter comment différentes communautés résolvent les mêmes problèmes. Les Canadiens financent en réalité des recherches qui feront ressortir les façons positives dont nous améliorons les soins de santé et le bien‑être les uns des autres selon des méthodes que les personnes concernées apprécient et comprennent, et seront au bout du compte en mesure d’utiliser. »

Dr Mark Skinner

Le projet du Dr Skinner est cofinancé par les IRSC et la Société Alzheimer du Canada dans le cadre de la Stratégie de recherche sur la démence des IRSC. « Ce projet illustre parfaitement comment mettre à profit des programmes communautaires afin d’aider des personnes atteintes de démence à s’engager comme membres à part entière de la société et à mieux vivre avec la maladie », se réjouit le Dr Yves Joanette, directeur scientifique de l’Institut du vieillissement des IRSC. « Le programme Dansons ensemble pour les aînés offre non seulement aux participants une expérience sociale agréable, mais il favorise l’activité physique et l’expression artistique par le mouvement. »

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