Priorités futures de l’ISPP

Chers collègues,

Peu après ma nomination au poste de directeur scientifique de l’Institut de la santé publique et des populations (ISPP) des IRSC, j’ai entrepris une tournée de consultation afin de m’enquérir des besoins et des priorités des chercheurs en santé publique et des populations (SPP) de tout le pays, et de leurs différentes visions de l’avenir de notre domaine de recherche. Aujourd’hui, je suis heureux de vous présenter les trois secteurs prioritaires où l’ISPP a décidé d’investir au cours des prochaines années à la suite de cette vaste consultation.

Survol de la tournée de consultation

La tournée de consultation de l’ISPP a débuté en septembre 2016. Au cours des dix mois qui ont suivi, j’ai parcouru le pays et me suis entretenu avec plus de 2 200 chercheurs, étudiants et intervenants en SPP de 8 provinces, 11 villes et 28 établissements. J’ai ainsi eu l’occasion de revoir des amis de longue date et de faire de nombreuses nouvelles connaissances.

À chacune des étapes de la tournée, j’ai partagé ce que j’avais entendu aux arrêts précédents et j’ai invité mes collègues à développer les idées recueillies. Par cette approche consultative et itérative, je voulais mettre à profit l’intelligence collective de notre communauté afin de déterminer comment l’ISPP pourrait soutenir tous les chercheurs en SPP et quelles priorités l’ISPP devrait cibler pour ses investissements stratégiques.

La consultation a été menée auprès de chercheurs canadiens en SPP oeuvrant dans divers contextes. Nous avons pris contact avec des écoles de santé publique, de médecine, de sciences infirmières, de réadaptation et d’épidémiologie, et avons aussi fait appel à des chercheurs en sciences sociales, en politiques publiques et dans des domaines universitaires connexes. Nous avons également sollicité la rétroaction des ministères fédéraux et provinciaux ainsi que des municipalités, de même que de nombreux ONG et organismes bénévoles en santé qui contribuent au financement et à la réalisation d’interventions en SPP.

La tournée de consultation m’a permis de reconfirmer la pertinence de la vision exposée dans le plan stratégique 2015-2018 de l’ISPP, L’équité en santé : une nécessité, qui met l’accent sur 1) les actions intersectorielles cohérentes en vue d’améliorer la santé publique et des populations, 2) les solutions adaptables en santé des populations et 3) les retombées équitables en santé des populations. Nous envisageons de poursuivre dans cette direction en intégrant ces trois priorités de manière transversale aux nouvelles initiatives stratégiques de l’ISPP. Notre mandat demeure le même : améliorer la santé des populations et promouvoir l’équité en santé au Canada et dans le monde par la recherche et son application aux politiques, aux programmes et aux pratiques en santé publique et dans d’autres secteurs.

Mais à l’avenir, l’ISPP canalisera mieux ses ressources limitées vers trois nouveaux secteurs stratégiques. Selon moi, l’ISPP doit mieux cibler ses efforts pour maximiser son potentiel en se fixant quelques priorités à poursuivre vigoureusement. Pour moi, refuser de prioriser équivaut à n’avoir aucune priorité.

Les trois secteurs d’investissement prioritaires ont été choisis en fonction des réponses à trois questions que j’ai posées à chaque arrêt de la tournée de consultation : 1) Y a-t-il un secteur de la SPP où les chercheurs canadiens sont déjà des chefs de file mondiaux et où un investissement stratégique pourrait accentuer leur avance et avoir un effet transformateur? 2) Y a-t-il un secteur de la SPP dont nous connaissons l’importance future pour les pratiques et les politiques de santé, mais où les capacités de recherche sont actuellement limitées? 3) Y a-t-il un secteur de la SPP où l’ISPP possède des avantages comparatifs uniques qu’il pourrait exploiter pour soutenir l’application des connaissances et l’adoption de pratiques et de politiques fondées sur des données probantes?

Secteurs d’investissement prioritaires

1) Soutien à la recherche de calibre mondial sur la conception de villes en santé, un secteur où le Canada excelle déjà et où un investissement stratégique pourrait accentuer notre avance.

Le Canada est à l’avant-garde de la recherche en SPP visant à déterminer comment concevoir des villes en santé offrant un environnement plus sain et exempt des pires menaces pour la santé, et où les gens sont encouragés à adopter de saines habitudes de vie. Aujourd’hui, 81 % des Canadiens habitent en ville – chiffre appelé à augmenter au cours des prochaines années – ce qui signifie qu’il est primordial pour presque nous tous d’augmenter la capacité des villes à promouvoir la santé.

Bien que le Canada excelle déjà en recherche sur les villes en santé, des difficultés communes à tout le milieu sont ressorties durant la tournée de consultation. De nombreux projets pilotes restent sans suites pour diverses raisons, notamment le manque de financement stable ou de soutien pour le travail continu de mise en œuvre et d’implantation. De plus, il existe partout au pays des équipes de recherche productives dans ce secteur qui travaillent en vase clos et qui pourraient probablement profiter d’une meilleure intégration, de ressources communes et de coordination pour des projets à plus grande échelle.

Avec d’autres investissements stratégiques en recherche sur les villes en santé, je crois que le Canada pourra aspirer à encore plus d’excellence dans ce domaine. L’ISPP finance déjà des travaux importants sur la santé des villes, y compris tout dernièrement par l’entremise de nos neuf Équipes de recherche intersectorielle en prévention dans lesquelles nous avons investi plus de 17 millions de dollars. De plus, notre liste de titulaires de chaires de recherche en santé publique appliquée comprend sept chercheurs boursiers dans le domaine des villes en santé. En prévision de l’élaboration et de la création d’une initiative de recherche sur les villes en santé, nous avons déjà pris contact avec des partenaires financiers potentiels au sein de l’administration publique fédérale, d’organismes bénévoles en santé et des municipalités. À la fin septembre, nous organiserons avec The Wellcome Trust une réunion internationale des bailleurs de fonds de la recherche sur les villes en santé à Coimbra, au Portugal, et nous tiendrons en décembre un atelier au Canada à l’intention des chefs de file de la recherche canadienne dans le domaine.

2) Développement des capacités de recherche sur les approches d’utilisation de l’intelligence artificielle, un secteur appelé à devenir très important où des efforts de développement des capacités de recherche seraient utiles.

On a actuellement recours à l’intelligence artificielle (IA) et aux données massives dans divers secteurs de la recherche médicale et sur les soins de santé : diagnostic médical, reconnaissance d’image, découverte de nouveaux médicaments, génomique et médecine personnalisée. Cependant, malgré leurs nombreuses applications possibles, les approches d’utilisation de l’IA sont peu exploitées par les chercheurs canadiens pour appuyer les efforts de promotion de la santé et de prévention de la maladie. Beaucoup de problèmes de santé publique découlent souvent de combinaisons complexes d’influences individuelles, environnementales, socioculturelles et politiques qui sont difficiles à mesurer et à évaluer par les approches traditionnelles. Les approches d’utilisation de l’IA, comme l’apprentissage machine, pourraient fournir de nouveaux moyens fort intéressants d’analyser des données complexes, multicouches et multimodales, et de concevoir des solutions fondées sur un éventail de connaissances beaucoup plus large. 

Au cours du mois, l’ISPP lancera un concours de subventions de planification afin d’explorer comment l’IA pourrait aider à répondre à des questions de SPP. Les chercheurs financés seront invités à se réunir à l’automne 2018 dans le cadre d’un atelier afin d’échanger des idées sur des façons de mieux soutenir l’exploitation de ces méthodes. Auparavant, dès l’automne 2017, nous espérons coorganiser un atelier afin de promouvoir la création de partenariats entre chercheurs en SPP et en IA et de générer des idées de projets concertés. J’ai l’intention de m’attaquer rapidement à cette priorité, car je crois que les efforts de développement des capacités à long terme dans ce domaine doivent débuter bientôt pour éviter que notre communauté se retrouve à la traîne dans l’utilisation de l’IA.

3) Soutien à l’adoption de politiques et de règlements sur l’usage de drogues reposant sur des données probantes, un domaine où l’ISPP peut exploiter ses avantages comparatifs pour guider les pratiques et les politiques.

Avec la légalisation prochaine du cannabis, la consommation de drogues a été un sujet très souvent abordé durant la tournée de consultation. C’est aussi une priorité du gouvernement fédéral et un dossier où l’ISPP a été invité à exercer un leadership pangouvernemental et où nous marquons des points dans nos efforts pour promouvoir l’utilisation de la recherche en SPP existante et le financement de nouvelles études en SPP pour application future.

Dans le dossier du cannabis, nous dirigeons activement des efforts visant à financer les projets de recherche les plus urgents avec cinq autres instituts des IRSC : 1) Institut de la santé circulatoire et respiratoire, 2) Institut de la santé des femmes et des hommes, 3) Institut des services et des politiques de la santé, 4) Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents et 5) Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies. Nous concentrerons nos investissements stratégiques dans la recherche rendue urgente par la légalisation prochaine de l’usage non médical du cannabis et la recherche réalisable seulement au Canada. Nous avons commencé par investir un million de dollars dans un concours de subventions Catalyseur pour la recherche interventionnelle en santé des populations axée sur la légalisation de l’usage non médical du cannabis – qui en est au stade de l’évaluation des demandes – et nous prévoyons de faire d’autres investissements plus tard. En septembre, l’ISPP coorganisera un atelier où des chercheurs se réuniront pour élaborer un programme de recherche qui orientera les futurs investissements de ce genre.

En plus du cannabis, nous agissons face à la crise des opioïdes en aidant l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies à jouer son rôle de leader dans la préparation de la stratégie de recherche fédérale en réponse à cette crise, et nous travaillons avec Santé Canada pour guider la réglementation sur les cigarettes électroniques et les produits de vapotage avec les meilleures données probantes disponibles. À suivre.

Leadership scientifique

Mais bien sûr, l’ISPP ne se limite pas à ses investissements. Notre mandat consiste aussi à exercer un leadership scientifique en SPP, à faciliter les possibilités de recherche et à défendre la valeur des contributions de la recherche en SPP. En plus de mon rôle de responsable scientifique du dossier de la santé mondiale aux IRSC – ce sur quoi je vous mettrai à jour séparément – l’ISPP prendra l’initiative dans un certain nombre de dossiers.

Augmentation du financement de la recherche en SPP : Les derniers résultats des programmes ouverts de subventions de fonctionnement des IRSC indiquent que la recherche en SPP n’a jamais obtenu une aussi grande part du financement accordé. L’ISPP continuera d’utiliser son budget stratégique limité pour motiver, encourager et aider les chercheurs en SPP à obtenir les subventions les plus importantes et à long terme dans le cadre des programmes de subventions Projet et Fondation, qui attribuent 70 % du financement de fonctionnement des IRSC. Par ailleurs, en surveillant constamment le volume de demandes et le taux de succès aux programmes des IRSC, nous pourrons adapter, le cas échéant, nos possibilités de financement stratégique et nos activités de sensibilisation. 

Soutien aux nouveaux chercheurs en SPP : L’ISPP continue de préparer la prochaine génération de chercheurs en SPP en défendant les intérêts des nouveaux chercheurs à la table du conseil scientifique des IRSC, en continuant d’organiser annuellement notre Atelier pour chercheurs débutants (l’atelier inaugural en juin 2017 a connu tout un succès!), et en finançant des initiatives de formation comme les Bourses d’apprentissage en matière d’impact sur le système de santé. De plus, nous espérons pouvoir réserver pour les nouveaux chercheurs une partie du financement à distribuer dans le cadre des futures initiatives stratégiques. Ces programmes et initiatives devraient nous permettre d’améliorer la performance de l’ISPP au chapitre du développement des capacités et de soutenir la relève en SPP.

Défense de l’équité entre les sexes en recherche : L’ISPP s’engage à combattre les iniquités qui existent entre les sexes dans le milieu canadien de la recherche en santé. Des progrès importants ont été accomplis aux IRSC depuis la création et la mise en œuvre du Cadre sur l’égalité des sexes au cours de la dernière année – mais il reste encore beaucoup à faire. Parmi tous les grands défis de la recherche au Canada, je crois personnellement que le plus important que je puisse contribuer à surmonter comme directeur scientifique aux IRSC est celui du sexisme systémique qui sévit dans le monde des sciences. Bien que les IRSC ne soient qu’un petit joueur et ne puissent contribuer qu’à une petite partie de la solution, l’organisation a accès à des ressources et à des incitatifs uniques qui, selon moi, doivent être pleinement exploités pour en arriver à véritablement corriger cette situation inacceptable. J’ai l’intention de me servir de tous les moyens à ma disposition pour réduire le sexisme en recherche, qu’il s’agisse de créer des possibilités de financement, de guider la politique scientifique, de parler du problème, de proposer des solutions, de soutenir les acteurs concernés et de plaider en faveur du changement. Nous ferons équipe avec les instances qui partagent notre vision, comme l’Institut de la santé des femmes et des hommes des IRSC, pour promouvoir l’intégration de l’analyse comparative fondée sur le sexe et le genre (ACSG) à la recherche et s’assurer que les progrès scientifiques profitent à tout le monde, tous genres et sexes confondus. J’aurai bientôt autre chose à vous dire à ce sujet. 

Regard sur 2018 et au-delà

Il reste beaucoup de travail à faire, mais je suis convaincu que l’ISPP saura prendre les mesures qui s’imposent pour continuer de faire avancer ses dossiers prioritaires. Malgré les contraintes financières actuelles, la recherche en SPP au Canada traverse une période exaltante où les occasions d’avoir un réel impact abondent.

Je souhaite remercier tous ceux qui m’ont accompagné dans ma tournée de consultation, y compris ceux qui ont participé à l’organisation d’évènements locaux et ceux qui y ont pris part. Vous avez ainsi aidé l’ISPP à façonner sa vision pour les prochaines années et à établir des priorités stratégiques claires où nous axerons nos efforts. Au cours des prochains mois, je vous communiquerai d’autres nouvelles et élaborerai un plan plus officiel en vue de la prochaine phase des activités de l’ISPP.

N’hésitez pas à transmettre le présent message à vos collègues et à les encourager à s’abonner à nos bulletins pour se renseigner sur les futures possibilités de financement et autres nouveautés.

Meilleures salutations,
Steven

Steven J. Hoffman JD PhD LLD
Directeur scientifique, Institut de la santé publique et des populations des IRSC
Directeur, Labo de stratégie mondiale
Professeur de santé mondiale, de droit et de politique, Université York

Date de modification :